Depuis plus de vingt ans, la Société de conservation marine des Seychelles (MCSS) est à la pointe de la conservation des tortues marines, œuvrant à la protection de l'une des espèces les plus emblématiques et menacées du pays. Aujourd'hui, cet engagement de longue date aboutit à une avancée majeure : la création d'aires marines protégées saisonnières (AMP) sur des plages de ponte clés au sud de Mahé. Ces nouvelles zones protégées, actives durant les périodes de ponte et d'éclosion les plus intenses, constituent l'une des mesures de conservation les plus ciblées et fondées sur des données probantes jamais mises en œuvre pour la mégafaune marine des Seychelles.
Cette initiative s'appuie sur le vaste programme de surveillance du MCSS, qui a généré l'un des plus longs ensembles de données continues sur la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et les tortues vertes (Chelonia mydasDans l’océan Indien occidental, les équipes du MCSS effectuent depuis le début des années 2000 des patrouilles quotidiennes, le marquage, la surveillance des nids et l’évaluation des menaces sur de nombreuses plages. Ces données à long terme ont permis d’identifier les plages où l’activité de nidification est importante et constante, ainsi que celles où les tortues sont les plus menacées.
Aires protégées saisonnières : une approche délibérée
S’appuyant sur ces données, MCSS a collaboré étroitement avec le ministère de l’Environnement, les autorités locales et les propriétaires fonciers privés afin de cartographier les habitats de nidification prioritaires des ZPS proposées. Ces zones sont conçues pour réduire les perturbations durant les périodes les plus sensibles du cycle de reproduction, généralement d’octobre à avril pour les tortues imbriquées, une espèce en danger critique d’extinction. À l’intérieur de ces zones, certaines activités seront restreintes ou interdites pendant la saison de nidification.
Cette approche, volontairement saisonnière plutôt que permanente, vise à concilier les impératifs écologiques et les besoins des communautés et du tourisme. « L’objectif n’est pas de fermer les plages », explique MCSS. « Il s’agit de garantir qu’elles demeurent des habitats de nidification viables pour les générations futures. La protection saisonnière offre aux tortues le calme et la sécurité dont elles ont besoin, tout en permettant aux communautés et aux visiteurs de profiter de ces espaces. »
Du leadership local au partenariat mondial
L'un des principaux atouts du projet réside dans son caractère collaboratif. Le MCSS a facilité les consultations avec les administrateurs de district, les hôteliers et les résidents locaux afin de garantir que les aires protégées soient à la fois scientifiquement justifiées et socialement viables. L'implication de la communauté a été essentielle : le MCSS a organisé des séances de sensibilisation, des programmes scolaires et des activités de bénévolat pour encourager la gestion locale. Des opérations régulières de réhabilitation et de nettoyage des plages ont impliqué les parties prenantes dans le but de renforcer l'engagement du public. Par ailleurs, une fois opérationnelles, les ZPS seront gérées dans le cadre d'un accord de cogestion entre le MCSS et le ministère de l'Environnement, du Climat, de l'Énergie et des Ressources naturelles.
La phase suivante, la gestion effective des ZPS, est considérablement renforcée grâce à la Coalition de la Haute Ambition pour la Nature et les Peuples et au financement de la Principauté de Monaco. Ce soutien permet au MCSS d’accroître ses capacités de suivi, de former davantage de gardes communautaires et d’élaborer des protocoles standardisés pour l’application des réglementations et le compte rendu. Grâce à ce soutien, le MCSS peut garantir que les ZPS ne sont pas seulement désignées sur le papier, mais qu’elles sont activement gérées et suivies.
Alors que les ZPS s'orientent vers une adoption officielle plus tard cette année, MCSS continue d'appuyer le processus par le biais du suivi, de la formation et d'une gestion adaptative. La vision à long terme de l'organisation est claire : des populations de tortues florissantes, des plages de nidification résilientes et un modèle national de conservation qui allie science, politique et action communautaire.
Christophe Mason-Parker (Société de conservation marine des Seychelles) – Avril 2026
Crédits photo : MCSS





